On distingue plusieurs types de troubles du comportement alimentaire : anorexie mentale, boulimie, compulsions alimentaires... Ils nous concernent tous car ils touchent de plus en plus de personnes en Europe. Cela n'a rien d'une épidémie : c'est la conséquence à court terme (quelques dizaines d'années) d'une modification profonde de notre alimentation et de nos pensées sur l'alimentation et nos aliments.
L'anorexie mentale
C'est le besoin obsessionnel de maigrir. Un besoin, pas une envie. Cela vous pousse à restreindre votre alimentation alors que votre poids corporel ne le justifie pas.
On ne peut l'associer à une stratégie de séduction, ce besoin dérive d'une peur panique de grossir, de devenir obèse. Ce n'est pas pour plaire au sexe opposé, ces femmes le font pour elles (ou plutôt contre elles).
Pourquoi ?
Parce qu'elles se sentent mal dans leur peau, parce qu'elles « comptent pour du beurre », qu'elles ne sont pas écoutées, entendues, comprises.
C'est une façon d'acquérir de l'autonomie.
L'anorexie mentale ne commence pas quand une personne veut maigrir, mais quand elle ne peut plus rien faire d'autre que de maigrir, sans s'en rendre compte.
Ce n'est pas la pensée de maigrir qui est liée à l'anorexie, mais le fait de ne penser qu'à ça.
C'est là que le besoin de maigrir se transforme en angoisse de regrossir.
Nous avons ensuite une hyperactivité physique, qui est un moyen de brûler des calories.
De plus, la malade se voit grosse alors qu'elle se sait maigre.
Elle s'inflige de terribles restrictions alimentaires, car contrairement à l'anorexie vraie, où l'absence d'appétit est la conséquence d'une perte de sensation de faim, l'anorexique mentale (au moins au début) a faim et doit lutter contre celle-ci.
La boulimie
Elle se caractérise par une perte de contrôle de la personne, qui la pousse à engloutir, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, une énorme quantité de nourriture. Pas le temps de préparer un repas, ni de mettre le couvert. Il faut se remplir le plus vite possible. C'est là qu'intervient un paradoxe, car la personne boulimique est très soucieuse de sa minceur. C'est pourquoi elle éprouve de la honte à avoir ingurgiter autant de nourriture et va ensuite vomir.
Le point de départ est souvent un petit régime, qui induit au fur et à mesure un attachement trop important aux aliments. Impulsive de nature souvent, et manquant de confiance en elle, elle se contrôle mal et craque pour une barre chocolatée, puis 2, 3, ou 4. Mais elle réalise qu'à ce rythme elle va prendre trop de poids. Alors l'idée lui vient qu'elle peut vomir pour tout effacer.
La machine infernale est lancée. Car pour vomir efficacement le produit de la crise alimentaire, il va falloir remplir son estomac. Et pourquoi s'en priver, maintenant qu'on a craqué.Le problème c'est que le fait de vomir devient vite un rituel et elle y prend de plus en plus d'aisance. Plus le temps passe et plus elle vomit facilement.
Certaines malades n'ont qu'à se pencher sur la cuvette des toilettes pour rejeter sans effort la nourriture. Ou alors une simple pression sur le ventre suffit.
Mais ce n'est pas tout. La malade veut savoir si elle a réellement tout effacé. C'est là qu'interviennent différentes stratégies, comme les laxatifs ou les diurétiques, et l'hyperactivité physique.
Le boulimique n'est donc ni gourmand ni fan de grignotage, il ne contrôle pas leurs crises et se sentent donc impuissants quand elles surviennent. Ils n'en éprouvent plus aucun plaisir, et au fond d'eux, ce gavage immédiatement annulé par le vomissement est leur seul moyen de défense contre une sensation de vide qu'ils éprouvent tous.
Vomissements et rumination
Certaines personnes vont, à un moment donné, avoir des nausées et vomir de façon répétitive. Elles croient au départ qu'elles ont tout simplement mal digéré un aliment, mais en réalité c'est la peur de manger, l'angoisse ou un traumatisme sexuel ou psychologique qui induisent un besoin de rejeter la nourriture.
Au fil du temps, le vomissement devient un réflexe, le simple fait de voir des aliments et de commencer à manger déclenche un ensemble de phénomènes physiologiques inhabituels. C'est le rejet alimentaire. Le vomissement est le plus souvent spontané, la personne ne peut rien y faire, tant il se produit rapidement. La personne n'a pas besoin de le provoquer, il vient tout seul car elle en a ressenti le besoin, c'est un soulagement.
La rumination consiste à faire remonter dans la bouche pour les déglutir à nouveau, puis à régurgiter encore et ravaler des bouchées d'aliments qui viennent d'être ingérés. Ce n'est pas un vomissement car il n'y a pas contraction du diaphragme, la personne cherche au contraire à profiter une nouvelle fois de l'aliment sans se pénaliser d'un nouvel apport calorique. Même si le malade ne le décide pas, ce n'est pas un comportement inconscient : il sait ce qu'il fait.
La difficulté est de lui faire comprendre que ce n'est pas bon pour lui, lésions de l'½sophage et de la cavité buccale, gonflement des glandes salivaires, mais aussi peur de manger sous le regard de l'autre.
La frénésie alimentaire
Compulsion alimentaire poussée à l'extrême, ce besoin de manger avec une frénésie stupéfiante, comme si on était véritablement affamé, se réalise, lui aussi, en un temps très court. La personne avale de grosses quantités de nourriture très vite et en dehors des repas. Mais elle choisit ses aliments. Cette crise est associée à un intense sentiment de perdre tout contrôle. Elle s'associe parfois à d'autres comportements impulsifs : violence verbale, agressivité, ingestion immodérée d'alcool ou de stupéfiants, tentative de suicide. En ceci, elle ressemble à la boulimie.